Les paradis perdus

Les photographies présentées sont celles de mes grands-parents ainsi que les miennes. Peu importe si les lieux, les légendes deviennent interchangeables puisque depuis les premiers voyages, depuis toujours, nos récits s’attachent à fantasmer l’ailleurs, à partir de récits antérieurs. Le voyage est une fiction qui se construit sur une nostalgie d’un passé que l’on n’a même pas vécu. Mais à cataloguer la beauté du monde, ne nous faisons pas les publicitaires d’une beauté colossale ? À l’époque de mes grands parents, le mot anthropocène n’existait pas. Aujourd’hui, je réalise que chaque génération a la conviction d’assister au couchant d’un monde, d’en être le dernier témoin. Entre les années 70 et aujourd’hui, le monde ne cesse de se muer. La guerre, l’essor, l’eau, le sec, la science, le temps bouleverse les « décors ». D’une génération à l’autre s’imprime la même quête - celle chimérique - de photographier le sursis du paradis, sans savoir qu’un paradis ne peut pas mourir puisqu’il est éternel.

1970 - 2025